Biodiversité

Détruire la biodiversité pour sauver le climat : un drôle de concept

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Voici une des études les plus intéressantes que vous lirez dans votre vie. Bravo à l’IDDRI. Arrêtez tout ce que vous faites et dévorez ces 10 pages :

Towards a climate change ambition that (better) integrates biodiversity and land use (iddri.org)

Une fois n’est pas coutume : merci à Loïc Giaccone pour ses partages et synthèses toujours très utiles et fiables (Loïc fait entre autres partie des relecteurs des rapports du GIEC). On touche ici à des sommets de compréhension des problématiques écologiques, par la considération du lien Energie-Climat-Technologie-Sols-Biodiversité-Nourriture.

Par une analyse croisée des derniers rapports du GIEC et de l’IPBES, l’IDDRI invite les experts du climat et de la biodiversité à décloisonner leurs travaux. Les trajectoires Energie-Climat-Technologie doivent davantage prendre en compte les impacts sur la biodiversité, au risque d’être inopérantes voire destructrices.

Dans les très grandes lignes, si je tente de mettre quelques idées en ordre :

* A force de repousser les efforts de décarbonation, les modèles ont de plus en plus de mal à se passer des technologies « d’émissions négatives » (re-capturer le CO2 déjà présent dans l’air) pour faire gentiment reboucler l’équation Energie-Climat.

* La BECCS (Bioénergie avec captage et stockage de dioxyde de carbone) est la technologie phare envisagée pour ces « émissions négatives ».

* Les impacts de la culture à grande échelle de ces plantes sur la biodiversité et la sécurité alimentaire doivent être considérés (on revient un peu sur le débat autour des agrocarburants… décidément on patine on patine…).

* Dans le scénario P4 du SR1,5 du GIEC supposant une forte hausse de la demande énergétique et de produits d’élevage, et une lente décarbonation du système énergétique (une sorte de Business-As-Usual) le réchauffement est contenu sous +1,5C en faisant fortement appel à la BECCS. Il faudrait pour cela mobiliser d’ici 2050 une surface agricole équivalente à l’Australie (soit 33% des terres arables) juste pour cultiver la BECCS ! Et ça doit continuer de croitre après 2050 (bref, un monde de psychopathes).

* Dans le scénario P2 misant davantage sur la sobriété énergétique et sur une décarbonation du système énergétique sans plus attendre, seuls 7% des terres arables nécessitent d’être consacrées à la BECCS (ça parait quand même titanesque, mais bon, on est dans la situation dans laquelle on est…).

* D’après Hof et. al, les impacts du déploiement massif de la BECCS sur la biodiversité (ndlr donc sur nous) seraient catastrophiques. Limiter le réchauffement à +1,5C par l’emploi massif de la BECCS provoquerait davantage de dégâts sur la biodiversité qu’un réchauffement de +4C (ndlr et un tel niveau de réchauffement n’est pas sympathique du tout du tout pour la biodiversité, donc pour nous).

Bref, la porte est de plus en plus étroite…

A toutes fins utiles, le SR1,5 du GIEC :

SR15_SPM_version_stand_alone_LR.pdf (ipcc.ch)

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