Climat

Points de bascule climatiques : des phénomènes relativement lents

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Boucles de rétroaction et points de bascule climatiques : attention aux mauvaises interprétations voire fausses informations qui circulent. Une position un peu caricaturale (mais qui existe) est que le réchauffement à 2 degrés serait « déjà engagé », que celui-ci déclencherait et accélérerait en quelques décennies tout un tas de points de bascule irréversibles et de boucles de rétroaction (permafrost, fonte de glaciers Antarctique, feux de forêt, AMOC…), faisant basculer nos enfants, voire nous-mêmes dans une Terre-étuve apocalyptique, même si nous engageons tous les efforts du monde dès maintenant pour réduire nos émissions de CO2. Et les climatologues n’intègreraient pas tout ça dans leurs modèles (pour ne pas nous faire peur, pour ne pas nous décourager, ou parce qu’ils ne comprennent pas alors que nous on aurait tout compris).

Chacune de ces affirmations est fausse et cet article fait un très bon tour de la question.

Déjà, limiter le réchauffement à +2C est certes très très mal barré, mais les +2C ne sont pas « déjà engagés ». Si on meurt tous demain, la température moyenne augmenterait encore de quelques dixièmes de degrés avant probablement de diminuer d’ici la fin du siècle. On ne va certes pas tous mourir demain, mais ce fait est important quant à l’utilité de faire des efforts pour limiter la casse autant que possible.

Puis, pour la faire courte, si l’on se préoccupe de notre petite personne et de nos enfants, alors le sujet numéro 1 reste de très loin nos émissions de GES, pas les points de bascule.

Si l’on se préoccupe de l’Anthropocène et de l’habitabilité de la Terre à très très long terme, alors les points de bascule sont un sujet potentiellement important, mais encore fort en incertitudes (seuils de déclenchement, rythme des effets rétroactifs…).

Quoi qu’il en soit, les points de bascule sont des phénomènes relativement lents à l’échelle de nos petites vies, dont les impacts s’étalent sur des siècles voire millénaires. En effet, au-delà de 2 degrés, il est possible qu’on déclenche seuil après seuil qui nous emmènent irréversiblement vers +4 degrés en l’an 3000, mais c’est peut-être au-delà de +1 degré, +3 degrés, peut-être l’an 2500 ou 5000. Ou pas.

Bien sûr, les chercheurs tiennent compte des points de bascule dans leurs modèles, hormis certains comme le permafrost, encore trop incertains.

Si l’on se préoccupe de l’échéance 2100, les points de bascule auraient un effet relativement faible et ce sont nos émissions de GES qui pourraient nous faire atteindre +4C.

Concernant le permafrost, deux choses
1) la fonte peut a priori encore être ralentie voire stoppée si on limite le réchauffement
2) la quantité de GES libérée d’ici 2100 par la fonte équivaudrait entre qq dizaines à qq centaines de milliards de tonnes de CO2 eq, soit l’équivalent de qq mois à qq années supplémentaires d’émissions anthropiques actuelles de GES. On s’en serait bien passé, mais le sujet numéro 1 reste de loin nos émissions de GES

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